3. D'un niveau plus abstrait à la phonologie générative
Dès les débuts de la phonologie, il est apparu que certains phénomènes, qu'ils soient de concaténation ou de position, se laissaient mal analyser par l'appareil de concepts élaborés pour la phonématique. Comment rendre compte, dans « j'ai fait un [bɔ̃] », du fait que l'un des deux termes possibles, un « bon », renvoie à « bonne, bonifier, bonasse », tandis que l'autre, un « bond », est manifestement lié à « bondir », qui laisse supposer un | d | non prononcé dans certains contextes ? Il est difficile de parler d'un phonème qui n'a aucune matérialisation. De même, entre [patine], (patiner), et [patɛ̃], (patin), il était curieux de parler d'une séquence de deux phonèmes / i-n / se « réalisant » comme un [ɛ̃].
Bloomfield fut sans doute le premier à parler d'un niveau sous-jacent en phonologie, et à dégager de la combinatoire des formes audibles ce qu'il appelait les formes de base, ou théoriques, que d'autres nommeront ultérieurement les formes structurelles. Dans cette alchimie, la neutralisation dont on a parlé plus haut, mais d'une manière plus générale toutes les variations phoniques pouvaient recevoir une solution d'ensemble : des règles de transformation, d'altération descendaient du niveau structurel pour donner la représentation phonématique finale. Ainsi, le mot « fin » apparaissait-il au niveau structurel comme | fin | et recevait par des règles sa forme phonématique / fɛ̃ /. On a dit que cette phonologie bloomfieldienne était de la morphophonologie, et lui-même l'appelait fréquemment ainsi, mais certaines règles – par exemple, d'harmonisation entre voyelles ou consonnes – ont peu à voir avec des contraintes grammaticales (exemple : seulement dans le verbe) ou avec la syntaxe. Le seul vrai problème, posé ultérieurement, a plutôt été de voir jusqu'à quel point certaines formes sous-jacentes postulées ne deviennent pas entièrement théoriques, au sens de purement conjecturales.
La phonologie générative des années […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 11 pages…



