3. Unités fonctionnelles de l'expression
La hiérarchie dans le rôle des éléments phoniques, déjà considérée dans le passage de l'aspect acoustique à l'aspect auditif, n'est pleinement mise en évidence qu'à partir d'hypothèses sur leur fonctionnement dans une langue donnée. En effet, le phonéticien n'exerce pas ses diverses activités sur des unités qui lui seraient fournies par une observation directe de la substance sonore, mais sur des formes linguistiques qui découpent préalablement cette substance. Les unités phoniques sont isolées, dans le continuum de la chaîne parlée, par leur fonction linguistique, qui est de se grouper d'une certaine façon pour constituer ensuite des unités d'un rang supérieur ayant une signification et permettre ainsi l'expression ou la communication d'un contenu notionnel.
Cet aspect fonctionnel ne fait pas que s'ajouter aux autres aspects déjà envisagés (production, transmission, intégration auditive), il fonde vraiment la phonétique en tant que discipline linguistique. Un va-et-vient se produit alors entre, d'une part, les différentes théories linguistiques qui fournissent des hypothèses sur la nature des unités et, d'autre part, l'étude de la manifestation physique puis du comportement de ces unités qui valident ou infirment ces hypothèses.
À l'appui de cette façon d'envisager les rapports entre la linguistique et la phonétique, les faits prosodiques fournissent un argument exemplaire. Si les recherches sur l'intonation ont progressé si lentement, c'est que certains phonéticiens ont voulu partir directement d'une connaissance aussi étroite que possible de la substance intonative, alors que les théories linguistiques existantes, défaillantes sur ce point, ne pouvaient rendre compte ni de la nature ni du fonctionnement des phénomènes intonatifs.
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