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PHILOSOPHIE DE L'ART, livre de Hippolyte Taine

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2.  Une esthétique positiviste ?

Taine s'est attardé entre-temps sur la nature même de l'œuvre d'art. Pour lui la poésie, la peinture et la sculpture ont un caractère commun : celui de l'imitation. Il se situe ainsi dans le droit fil des théoriciens du xviie et du xviiie siècle, en particulier de l'abbé Charles Batteux (1713-1780), l'auteur des Beaux-Arts réduits à un seul principe (1746). Il ne s'agit pas de limiter l'imitation au réalisme, à la reproduction de « l'apparence sensible ». Séparant « l'imitation matérielle » de « l'imitation intelligente », l'artiste doit en réalité reproduire les « rapports des parties » de ce qu'il représente. « Enfin, remarquant que les rapports peuvent et doivent être altérés pour conduire l'art à son faîte », Taine établit que, « si l'on étudie le rapport des parties, c'est pour y faire dominer un caractère essentiel » (le tempérament propre de l'artiste étant ainsi replacé au cœur de l'acte créateur). Aussi l'art relève-t-il d'une vie supérieure à la vie matérielle, la « contemplation », où « l'homme s'intéresse aux causes permanentes et génératrices desquelles son être et celui de ses pareils dépendent, aux caractères dominateurs et essentiels qui régissent chaque ensemble et impriment leur marque dans les moindres détails ». Pour cela, deux voies, la science et l'art, qui « a ceci de particulier, qu'il est à la fois supérieur et populaire : il manifeste ce qu'il y a de plus élevé, et il le manifeste à tous ». 

Encore faut-il définir une hiérarchie entre les œuvres : à quoi se mesure leur valeur ? Taine y répond au travers de ses leçons suivantes, en s'appuyant sur l'analyse d'exemples précis, italiens, flamands ou hollandais, mais aussi français, ces derniers plus spécifiquement contemporains, et en prenant d'ailleurs aussi ses illustrations dans le domaine littéraire. Trois critères comptent : « l'importance », ou le tri fait par le temps, la « bienfaisance », qui classe l'œuvre selon son aspect moral, et la « convergence » des effets, l'art se manifestant d'autant plus qu'il est davantage concentré. On constate que, loin de se réduire à un positivisme strict, les conceptions de Taine, qui ne sont par ailleurs pas exemptes de contradictions dans l'application de son système d'analyse, empruntent en partie à Hegel, par l'insistance qu'il met sur le développement historique, et relèvent d'un certain romantisme qui avait marqué sa jeunesse : c'est ce qui fait peut-être aujourd'hui l'intérêt d'un livre qu'on ne saurait réduire à la simple mise en place de la race, du milieu et du moment comme seuls facteurs d'analyse et d'explication de l'œuvre d'art.

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