6. L'évolution de la littérature philippine
• Formes primitives
Les premières manifestations de la littérature philippine sont des réactions émotionnelles très élémentaires à des expériences individuelles et collectives. Vers rituels, poèmes lyriques, drames, épopées doivent leur vigueur toute primitive à leur forme fruste, leurs effets lyriques à la spontanéité et à la simplicité de l'expression, et leur réalisme à une relation intime avec le milieu, les phénomènes naturels et les événements de tous les jours. Les premiers habitants des îles vivent sans crainte dans un monde que des choses inintelligibles et inexplicables rendent dangereux et mystérieux, comme l'expriment les paroles de ce tikam, ou chant de bataille : Tous nos ancêtres / Ont défié le terrifiant tonnerre / N'ont jamais cessé leur lutte / Leur vie est une gageure / Et leur énergie / Aussi nous, leurs fils / Nous pouvons vivre sans orages.
Cette lutte contre les éléments est accompagnée d'esprit de sacrifice et de la volonté commune d'aboutir à un avenir meilleur, témoin ce chant de rameurs : Allons, ramons, ne nous ménageons pas / Apprenons à souffrir toutes les fatigues / Si loin que soit la place que nous voulons atteindre / Elle vaut mieux que toute place pour laquelle il ne faut pas voyager.
Ces épopées allient des qualités littéraires propres à des influences culturelles asiatiques et arabes ; elles cristallisent les expressions du monothéisme philippin et du panthéisme animiste, des organisations tribales et politiques, des us et coutumes et des traditions, des rites et des célébrations, ainsi que des aspirations à une vie libre gouvernée par la justice et le droit.
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