Né à Moudon (Suisse), Philippe Jaccottet, jusqu'à la fin de ses études de lettres, a vécu à Lausanne, soit — géographiquement, littérairement — à distance des mouvements et des modes, mais en un point de rencontre privilégié de deux cultures ou, pour mieux dire, de deux clartés : celle du romantisme et de l'idéalisme allemands, celle du monde gréco-latin. Par l'intermédiaire de Hölderlin, de Rilke et de leur traducteur, le poète romand Gustave Roud (dont la Correspondance avec Jaccottet a été publiée en 2002), cette double influence est déjà sensible dans ses poèmes de jeunesse.
Après un voyage en Italie (1946) dont Libretto (1990) garde le souvenir et au cours duquel il se lie d'amitié avec Ungaretti, Jaccottet, ayant passé plusieurs années à Paris, s'établit en 1953 à Grignan, dans la Drôme, au moment où paraît son premier recueil important, L'Effraie et autres poésies. Révélateur est le choix d'un lieu où la lumière provençale adoucit au loin la présence parfois menaçante de la montagne. Qu'il s'agisse en effet de poèmes — rassemblés notamment dans les recueils collectifs Poésie 1946-1967 (1971) et À la lumière d'hiver (1977) —, d'un récit comme L'Obscurité (1961), ou d'ensembles de proses qui associent la description et la méditation poétiques — La Promenade sous les arbres (1957), Éléments d'un songe (1961), Paysages avec figures absentes (1970), La Semaison (1971), À travers un verger (1975), Beauregard (1981) —, Jaccottet ne cesse de déceler, d'interroger, derrière l'éclat ou la tendresse de la lumière, l'ombre d'où elle surgit, où de nouveau elle s'enfonce, et surtout le passage fugitif où il semble pourtant qu'elles s'accordent, et laissent entrevoir une promesse qui n'est peut-être qu'une illusion. Ce pressentiment d'un au-delà (mais saisissable ici et maintenant même) et la nostalgie d'un sacré sans dieux ni transcendance pénètrent les livres de Jaccottet. Il baigne d'une lumière plus pure, plus tragique aussi, des recueils tels que Pensées sous les nuages (1983). Après beaucoup d'anné […]
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