Le règne de Philippe IV le Bel, monté sur le trône de France à l'âge de dix-sept ans, à la mort de son père Philippe III, le 5 octobre 1285, est considéré par les historiens comme un des plus importants et des plus déconcertants de l'histoire de France.
Son importance tient au fait que le royaume de France apparaît alors au sommet de sa puissance médiévale : c'est le plus peuplé de la Chrétienté (de 13 à 15 millions d'habitants, le tiers de la Chrétienté latine). Il connaît une grande prospérité économique (extension maximale des défrichements, apogée des foires de Champagne, par exemple), le pouvoir monarchique accomplit de tels progrès qu'on voit dans Philippe le Bel, entouré de ses conseillers instruits en droit, les « légistes », le premier souverain moderne d'un État fort et centralisé.
Et pourtant, ce tableau optimiste ne cadre pas avec d'autres constatations. Un profond malaise économique semble latent, que manifestent les nombreuses mutations monétaires (dévaluations ou, plus rarement, réévaluations) ; à la fin du règne, le déclin des foires de Champagne concurrencées par le commerce maritime direct des Italiens avec l'Europe du Nord et, au lendemain de la mort du roi, la grande famine de 1315-1317.
Par ailleurs, des études plus minutieuses montrent un roi connaissant mal son royaume et incapable d'en maîtriser l'étendue (Fawtier), échouant à établir des impôts directs, impuissant à disposer d'une administration efficace (Strayer). Une série de procès et de scandales, mi-politiques, mi-privés, entourent la figure du roi d'un halo douteux : procès de l'évêque de Troyes, Guichard, accusé d'avoir fait mourir la reine par sorcellerie ; procès de l'évêque de Pamiers, Bernard Saisset, qui aggravera le différend du roi avec la papauté ; procès des Templiers ; emprisonnement des brus du roi et exécution de leurs amants.
Enfin, ce roi reste énigmatique. A-t-il été l'instigateur de la politique française ou un simple instrument entre les mains de ses conseilleurs ? Les chronique […]
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