2. L'homme de théâtre
Afin de s'imposer au public, il paraît avoir surtout mis son espoir dans le théâtre. Cet espoir fut souvent déçu. Elën (1865) et Morgane (1866) sont des drames écrits dans un langage somptueux, mais dont le romantisme pouvait paraître quelque peu suranné ; il ne parvint pas à faire représenter ces pièces. Il eut un peu plus de chance avec La Révolte, créée en 1870 grâce à l'intervention de Dumas fils, et qui demeure au répertoire ; il y décrivait la détresse d'une jeune femme étouffée dans ses élans par la mesquinerie bourgeoise de son mari. Six ans plus tard, un jury de concours présidé par Victor Hugo distinguait, parmi cent autres pièces, un drame de plus longue haleine, Le Nouveau Monde, composé pour le centenaire de l'indépendance des États-Unis ; après bien des tribulations, il fut joué, en 1883, mais sans succès.
Deux pièces dominent, à des titres divers, l'œuvre dramatique de Villiers. Le Prétendant, révélé par la télévision française en 1965, est une nouvelle version de Morgane, composée par un écrivain dont le métier est parvenu à une pleine maturité. Dans ce drame en cinq actes, qui a pour cadre le royaume des Deux-Siciles pendant la Révolution française, deux aventuriers de haute naissance animent une conspiration dont l'échec final ruine leur rêve de grandeur. Mais c'est un rêve d'absolu qui s'épanouit dans Axël (1872-1890) : le héros et l'héroïne sacrifient la richesse, la puissance, l'amour même et, dédaigneux des contingences terrestres, se réfugient finalement, par la mort, dans l'éternité. Villiers de L'Isle-Adam a travaillé à cette pièce pendant près de vingt ans, laissant à Huysmans le soin de la publier après sa disparition : œuvre peu jouée, peu adaptée aux exigences de la scène, mais sans égale par la sombre profondeur de la conception et par la splendeur du lyrisme.
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