Salué par l'enthousiasme des poètes du Parnasse contemporain, Villiers de L'Isle-Adam fut, d'emblée, écouté comme un oracle. « Vraiment l'arrivée fut extraordinaire », rappelait, au lendemain de sa mort, Mallarmé, ami incomparable, qui est resté, pendant un quart de siècle, son admirateur fervent. Pourtant, victime de la noblesse même de son inspiration, Villiers parvint rarement à se faire prendre au sérieux par les administrateurs de théâtre, qui cherchaient la pièce à succès, ou par les éditeurs, peu empressés à risquer leurs capitaux sur des œuvres destinées à une élite, ou par les directeurs des grands journaux, déconcertés par l'accent inhabituel des chroniques soumises à leur verdict. Aussi se succédèrent pour lui des années de bohème et de dénuement. Dans les cafés où il fréquentait, quelques amis cédaient à l'éblouissement de sa conversation ; mais ses propos, jetés au vent, semblaient perdus pour la postérité. On le dénonça comme un faux génie, qui n'avait pas répondu aux espoirs éveillés au temps de sa jeunesse. Mais des œuvres capitales demeurent, qui permettent, aujourd'hui, de mesurer sa vraie dimension.
1. Tourné vers le passé
Né à Saint-Brieuc, Philippe Auguste Mathias de Villiers de L'Isle-Adam se flatte de descendre d'une des plus anciennes familles françaises et se réfugie volontiers dans un rêve lyrique, où revit un passé glorieux : « Indifférent aux soucis politiques de ce siècle et de cette patrie, aux forfaits passagers de ceux qui les représentent [...] je porte en mon âme le reflet des richesses stériles d'un grand nombre de rois oubliés. » Dès l'adolescence, il compte sur la gloire littéraire pour redorer son blason. Mais ses Premières Poésies (1859), dédiées à Vigny, ne révèlent pas encore un talent original ; son roman « philosophique » Isis (1862), qui témoigne d'une haute ambition, ne livre pas un message très clair.
2. L'homme de théâtre
Afin de s'imposer au public, il paraît avoir surtout mis son espoir dans le théâtre. Cet espoir fut souvent déçu. Elën (1865) et Morgane […]
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