Delorme – dont on orthographie le nom de plusieurs façons et souvent de l'Orme, à l'exemple de Philibert lui-même – a spectaculairement occupé le devant de la scène de son vivant ; mort, il n'a cessé d'accaparer les esprits. La trajectoire de sa fortune critique – encore mal étudiée – indique clairement la place de cet artiste puissant dans l'histoire de l'architecture française. Pour Fréart de Chambray (1650), « le bonhomme n'estoit pas dessignateur » et « son stile est tellement embrouillé qu'il est souvent difficile de comprendre son intention ». Cependant, l'âge classique, si critique à son égard, ne peut faire abstraction de sa pensée théorique et de sa science de constructeur. Tandis qu'on démolit l'escalier des Tuileries (en 1664) et le château de Saint-Léger (en 1668), l'Académie, quoique hostile à la « manière mesquine » de l'architecte, à ses « vilains ornements gothiques » (F. Blondel, Cours, t. IV, 1683), à ses transgressions de la règle du grand goût, n'en consacre pas moins plusieurs séances à la lecture de ses deux traités, les Nouvelles Inventions pour bien bastir et à petits fraiz (1561) et le Premier Tome de l'architecture (1567). Puis vient le temps de l'historiographie qui oblige à nuancer les jugements. En 1787, Dezallier d'Argenville, reconnaissant à Delorme le mérite d'avoir abandonné les « habillements gothiques pour [faire] revêtir [à l'architecture française] ceux de l'ancienne Grèce », publie la première biographie un peu développée de Philibert, esquisse un catalogue de l'œuvre qui sera précisé par les érudits du xixe siècle. La découverte en 1854 de l'Instruction par L. Delisle, sa publication en 1860 par A. Berty est un événement. Plaidoyer pathétique rédigé entre 1559 et 1562 quand, professionnellement foudroyé par la mort du roi, talonné par ses ennemis, Delorme prépare sa défense, ce document capital énumère dans le détail ce que l'architecte a bâti et projeté. Les découvertes d'archives se multiplient, mais, dépourvus d'outils pour restituer et analyse […]
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