2. Vers la réconciliation du sujet et de l'objet
Trop souvent, les présentations et usages scolaires de la Phénoménologie n'ont voulu voir en elle qu'une « collection » de figures autonomes (la certitude sensible, la belle âme, la dialectique du maître et de l'esclave...). Il en résulte une vision « abstraite », séparée, de ce qui fait corps dans un tout non fragmentable, si ce n'est pour des besoins qui en nient le sens. Ces lectures partielles ne sont toutefois pas étrangères à l'œuvre qui les a déjà, d'une certaine façon, comprises en les interprétant comme « fixation » à un moment passé que la conscience naturelle ne veut pas perdre, par désespoir ou par crainte. Ce dogmatisme de la conscience commune n'est critiqué par Hegel que dans la mesure où il conduit à refuser le mouvement, à se fermer sur soi par refus de son autre. La conscience naturelle est déjà dans le vrai, mais elle l'ignore. S'il est possible d'entendre l'œuvre comme une « introduction » au système, il ne faut pas oublier, que, d'une certaine façon, dans l'ignorance de soi la plupart du temps, nous sommes déjà dans la philosophie et participons à l'absolu. Cette conscience en mouvement vers la manifestation totale de soi n'est ni historiciste (ce serait commettre un contresens que de concevoir les diverses « stations » de l'esprit selon un ordre chronologique) ni dogmatique, en ce que la contingence loin d'être ravalée à un rang subalterne est pensée comme constitutive même du système. Le temps est à penser sous la lumière d'une éternité avec laquelle il se réconciliera. Conscience, Conscience de soi (ou Autoconscience), Raison, Esprit, Religion, Savoir absolu – telles sont les étapes d'une véritable odyssée de l'esprit qui fascina des lecteurs aussi différents que Martin Heidegger, Alexandre Kojève, Jean Wahl, Herbert Marcuse, et qui reste pour nombre de commentateurs contemporains une œuvre toujours et encore à méditer.
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