2. Socrate mourant
Toute l'attitude socratique tient à distance le pathos, refuse la mort dans l'âme : comme sous nos yeux, l'âme en effet se dissocie du corps, le Socrate qui s'emploie à définir les notions se distingue du Socrate qui va devenir cadavre ; l'acte de sa pensée ne meurt pas, tant qu'un vivant (un autre corps) s'en empare. Ce type de détachement, dont la philosophie, telle que pratiquée par Socrate (ou inventée par Platon), est précisément l'exercice, ne congédie pas la mort elle-même – mais la peur de la mort, sa menace perpétuelle pour la pensée. Socrate n'a, au bout du compte, rien prouvé. À défaut d'une doctrine de l'immortalité, il laisse cependant un examen des opinions (savantes, religieuses, populaires) sur la mort. Et il sait bien qu'il doit mourir ; mieux : il y consent, cette mort fût-elle injuste et scandaleuse. Phédon effectue le premier passage de témoin. Un homme disparaît, mais « le meilleur, le plus sensé aussi et le plus juste » (118a). Ayant accepté le jugement qui le condamne, il a porté le poison à ses lèvres, « tout tranquillement, tout facilement ». Apollodore n'ayant pu retenir sa douleur, il s'est écrié simplement : « Allons, restez calme, tenez bon. » « Alors, pris de honte, nous réussîmes à nous retenir de pleurer. » Sans plus de commentaire, le dialogue rapporte les derniers mots de Socrate : « Criton, nous devons un coq à Esculape. Payez cette dette, ne soyez pas négligents. »
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