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PÉTERSBOURG, livre de Andréi Biély

1.  Le roman d'une ville

Pétersbourg raconte une histoire de terreur et de provocation politique : le sénateur Ableoukhov, petit vieillard cacochyme, parcourt, tel un vampire, les perspectives rectilignes de la ville dans son coupé laqué noir. Son fils Nicolas fréquente les cercles terroristes anarchistes de la capitale, et en particulier le militant Doudkine, avec qui il entretient une relation fascinée. Le parti ordonne au jeune Ableoukhov de tuer son propre père en faisant exploser une bombe, « boîte de sardines à l'abominable contenu ». Dès lors, le livre avance au rythme fatidique de la bombe dont l'explosion finale ne blesse personne, mais signe la déroute des personnages principaux : Doudkine, dans un délire éthylique, s'imagine poursuivi par le « Cavalier de bronze », la statue équestre de Pierre le Grand. Il assassine un équivoque agent double avant de sombrer dans la folie. Le sénateur prend sa retraite et retombe en enfance. Le fils part, voyage, abandonne la politique et se plonge dans des lectures de philosophie religieuse. Tout autour frémit le Pétersbourg de l'année 1905, agité par les premiers signes de la révolte prête à éclater.

La trame événementielle est de peu d'importance au regard de la densité thématique et langagière de l'œuvre. Tout l'espace du livre est envahi par Pétersbourg, ville à la fois abstraite, géométrique, cérébrale, née de la volonté d'un seul, et grouillant de créatures interlopes, bêtes ou hommes morcelés, gargouilles et grenouilles : « Point d'hommes sur la perspective Nevski ! Mais un myriapode rampant et hurlant. L'espace humide déversait une cacophonie de voix, une cacophonie de mots ; et tous ces mots, après s'être emmêlés, s'assemblaient en une phrase. Cette phrase paraissait absurde ; elle s'élevait au-dessus de la perspective Nevski et stagnait, nuage noir d'ineptie. » Beauté et horreur y échangent leurs signes, les personnages se raidissent en marionnettes ou en automates. Le visage humain déformé, disqualifié et dégradé se recompose en une « entité étrange », un « corps grotesque », d'une autre nature. Les transformations et déformations, les incertitudes et les métamorphoses, tout contribue à la désintégration de la cohérence du personnage. Le dédoublement est ici, explicitement, le cas de figure dominant. Pétersbourg met en mots le royaume des ombres.

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BIÉLY ANDRÉI (1880-1934)
Dans le chapitre "Les démons intérieurs"

 

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