3. Une profonde continuité malgré d'apparentes bifurcations
Le choix du contemporain ne se réduit pourtant pas à une table rase, ni l'immédiateté du geste à un trompe-l'œil naïf. Les anciennes traditions étrangères fournissent à Sellars une assise pour réinventer un art qui prenne en compte la complexité du présent et la globalité du monde : ainsi l'opéra chinois dans Peony Pavilion en 1998. De même, la puissance de l'engagement découvre un double fond subtil qui touche à la spiritualité humaine. Un fil court, moins sinueux qu'il n'y paraît, dévidé par une fidèle équipe de collaborateurs et témoignant d'une remarquable continuité dans les choix opérés : reprise de spectacles, approfondissement d'œuvres clés, poursuite par ricochets... À la trilogie mozartienne de la fin des années 1980 répond la mise en scène de plusieurs œuvres de Stravinski à la fin des années 1990 : The Rake's Progress (1996) mais aussi Œdipus Rex (1994 et 1998), les Pièces bibliques (1999), l'adaptation anglo-hispanique de L'Histoire du soldat (2000). Quant à la création de El Niño, La Nativité, elle marque en décembre 2000 les retrouvailles avec John Adams et le creusement du filon spirituel.
Loin d'éclater en points de vue fragmentaires, l'œuvre de Peter Sellars s'ordonne selon une vision cohérente en perpétuelle évolution. Elle peut sembler partagée entre le politique et le religieux, l'américanité et l'humanisme, le rapprochement avec les communautés ethniques de Los Angeles et le passage dans les plus grandes institutions lyriques d'Europe. Ces carrefours n'en demeurent pas moins un signe de complémentarité, non de déchirement. L'idéalisme et l'activisme mêlés s'attachent à faire de la scène, dans divers formats et sur différents tons, un lieu de discussion, un moyen de réflexion : réflexion du monde, réflexion sur le monde – sur un monde où l'esprit est la mesure de la vie.
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