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STRAWSON PETER FREDERICK (1919-2006)

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3.  L'idée d'une métaphysique descriptive

Strawson développe en partie sa théorie de la vérité dans Individuals (1959) et dans son étude sur Kant, The Bounds of Sense (1967). On retrouve en 1959 les thèmes précédents, soit que Strawson traite des conditions sous lesquelles il est possible d'identifier des objets particuliers dans le discours, soit qu'il élucide les relations entre universels et particuliers, sujets et prédicats. En fait, il manifeste désormais une ambition proprement métaphysique, en extrapolant de ses recherches sur le langage ordinaire à une investigation plus générale sur la structure réelle de notre pensée. Il appelle cette entreprise « métaphysique descriptive », par opposition à une métaphysique dite « révisionniste » (à la manière de Descartes ou de Berkeley) qui vise à promouvoir une meilleure structure conceptuelle. Cette idée, estime Strawson, n'est pas sans affinité avec la conception kantienne. Elle a eu autant d'influence sur ses contemporains que les thèses précises développées dans l'ouvrage.

Parmi celles-ci, en premier lieu, on signalera, liée au problème du rapport entre sujet et prédicat, une thèse métaphysique : les objets matériels constituent les « particuliers » fondamentaux, en ce sens que l'identification des objets particuliers requiert toujours un système unifié d'entités spatio-temporelles publiquement observables. L'identification de ces dernières s'opère indépendamment de celle des autres catégories. La référence aux particuliers enveloppe l'appréhension de faits empiriques, tandis que la prédication des universels enveloppe seulement celle de significations.

On mentionnera, d'autre part, une thèse qui concerne la position des personnes parmi les particuliers en général. Avec les corps matériels, les personnes occupent une place centrale parmi les particuliers. Cette thèse permet à Strawson d'opposer à la théorie traditionnelle des rapports entre l'esprit et le corps sa propre notion de l'identité personnelle. Les états de conscience ne sont pas plus indépendants de prétendues substances mentales qu'ils n'en sont solidaires. On dépassera le faux dilemme en attribuant aux personnes à la fois les états de conscience et les propriétés physiques, c'est-à-dire en traitant le concept de personne comme primitif.

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