3. Un nouveau départ : le Centre international des recherches théâtrales et les Bouffes du Nord
Installé à Paris, Peter Brook, libéré des exigences de la production théâtrale habituelle, se lance d'abord dans une recherche radicale qui porte sur la voix et les sons « premiers ». Il fait travailler les membres de son équipe sur des langues anciennes dans les espaces mythiques de Persépolis. Les recherches aboutiront à une version du mythe de Prométhée placée sous le signe de la quête des origines : Orghast (1971), proche du « théâtre sacré ». Il entraîne ensuite son équipe dans une expédition de trois mois en Afrique, afin d'expérimenter les ressources du « théâtre brut ». Ici les comédiens, privés de leurs appuis habituels, le prestige de leur statut ou celui du texte, jouent dans des villages et découvrent les ressources de l'improvisation aussi bien que l'obligation de fonder l'échange avec le public sur la base d'un élément concret, matériel, compréhensible : une botte, un pain, un chapeau. L'année suivante, l'équipe part aux États-Unis où elle intervient dans des réserves d'Indiens et participe à des actions de théâtres militants comme El Campesino, dirigé alors par l'écrivain Luis Valdéz. La même quête de communication se poursuit.
Après ces années de voyage, Brook décide de revenir à une activité publique. Pour abriter le Centre international des recherches théâtrales, la salle des Bouffes du Nord est mise à sa disposition. Restauré, le lieu répond à ses attentes, synthétise son esthétique et constitue un véritable sceau identitaire. Il tient de « l'édifice », dont il a la structure, et de « l'abri », marqué par l'usure du temps que Brook s'est employé à préserver. Par ailleurs, en shakespearien jamais démenti, il distribue les volumes du théâtre selon les principes du modèle élisabéthain.
Avec Timon d'Athènes (1974), Peter Brook choisit de nouveau une « œuvre secondaire » de Shakespeare, retenue pour tout ce qu'elle contient comme références à un monde dominé par l […]
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