2. La « voie double »
À la même époque, à l'invitation de son directeur Peter Hall, Brook accepte de rejoindre la Royal Shakespeare Company, à condition de pouvoir se livrer à un travail de recherche sans impératif de présentation publique. Il imagine une structure autonome, intitulée Lamda theatre, au sein de laquelle s'amorce une importante investigation sur le langage de l'acteur. Aventure de laboratoire qui débouchera sur une présentation célèbre de textes non théâtraux ou de fragments réunis sous l'intitulé « artaudien », Le Théâtre de la cruauté. Dans cet esprit, Brook met en scène, en 1964, Marat-Sade de Peter Weiss, où il s'attaque à la question des rapports entre la politique et la folie. Ce spectacle laisse entrevoir l'intérêt qu'il accordera plus tard aux problèmes de la maladie mentale.
Peter Brook, dans ces années d'effervescence, montre un vif intérêt pour le « théâtre documentaire » ; il met en scène, à Paris, Le Vicaire (1963) de Rolf Hochhuth, qui provoque un énorme scandale en dénonçant le silence du Vatican durant la Seconde Guerre mondiale, et organise une lecture de l'Instruction (1965) de Peter Weiss, une évocation des camps de concentration. Dans la même voie, le spectacle US (1966), qui condamne la guerre du Vietnam, est réalisé à base d'entretiens avec les gens de la rue. Cependant, alors qu'il semble attacher sa réflexion au monde contemporain, à la surprise générale, il met en scène une pièce ancienne, oubliée, jamais jouée, Œdipus rex (1968) de Sénèque, qu'il traite avec une sobriété tragique, austère et rituelle. En homme de contrastes, Peter Brook confirme ainsi son attrait pour « la voie double ».
Brook réalise deux films à partir de ses spectacles : Marat-Sade (1967) et Le Roi Lear (1971). Puis il publie L'Espace vide (1968), livre organisé en quatre parties (le « Théâtre mortel », le « Théâtre sacré », le « Théâtre brut » et le « Théâtre immédiat ») et qui connaîtra un énorme retentissement parmi les praticiens du théâtre. Par ailleurs, Brook sub […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



