3. L'expressionnisme
Essentiellement romantique – Behrens fut toujours préoccupé par le conflit traditionnellement germanique de l'esprit et de la matière –, sa personnalité véritable, qui s'était manifestée avant la guerre dans les réalisations de l'AEG, ne put après 1918 se révéler pleinement que dans l'expressionnisme. L'usine construite en 1920-1925 pour l'I. G. Farben à Höchst-Francfort s'intègre à l'architecture expressionniste qui, en Allemagne, s'était affirmée entre 1918 et 1927, conformément aux thèses de la Brücke : « refus de la tradition classique, opposition aux tendances cosmopolites, goût prononcé pour les formes organiques et les effets picturaux ». Le mur extérieur de l'usine est animé par le dynamisme des arcs paraboliques qui scandent le rythme des longues fenêtres. Dans le hall, ce jeu des surfaces colorées définit picturalement le volume intérieur. Mais les différents plans constitués par les nombreuses imbrications de volumes, comme maclés, semblent avoir reçu quelque influx du cubisme synthétique. Ce parti plastique manifeste les affinités avec des recherches effectuées dans les provinces marginales du champ culturel germanique, comme celles de Chochol et Janak en Bohême.
L'architecture expressionniste allemande est liée à deux options politiques antagonistes : la tendance au romantisme nationaliste et les sympathies pour la révolution socialiste exprimées par le Novembergruppe. Behrens, de même, est partagé entre la démesure et sa volonté d'intégrer la technique à la vie de l'homme. Mais il a su rendre féconde cette rencontre du romantisme germanique et des nécessités techniques.
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