2. Situation actuelle
Le déclin de la peste s'accélère depuis plusieurs décennies, et, sauf en cas de guerre ou de calamité, le risque de pandémie est écarté ; cependant, le caractère permanent de la maladie chez les rongeurs sauvages dans un très grand nombre de foyers naturels – c'est-à-dire de zones nettement délimitées où règnent des conditions écologiques favorables à la survie prolongée de l'agent causal et où alternent épizooties et périodes de silence, sans apport infectieux extérieur – exige une surveillance constante de la part des autorités nationales intéressées et des organismes internationaux. Le déclin actuel ne signifie pas l'extinction de la peste, mais marque seulement la fin d'une période sans précédent dans l'histoire de l'infection : « celle où l'homme lui a fourni, avec la navigation à vapeur, les moyens d'envahir le monde » (M. Baltazard).
La peste a changé de visage et, libérant les grandes villes, est reléguée dans les zones rurales. Succédant aux effroyables hécatombes des siècles passés, le petit nombre de cas de peste humaine enregistrés chaque année peut rassurer ; cependant, le germe est très largement dispersé dans la nature, « sans avoir peut-être atteint encore ses limites extrêmes » (R. Pollitzer). Si la peste n'est plus un sujet d'inquiétude pour tout pays disposant d'une armature médicale, administrative et technique appropriée, capable de juguler l'infection si elle venait à y être réimportée, comme en Corse, en Italie et à Malte en 1945, nombre de régions du monde sont encore à la merci d'une expansion de la maladie. En effet, d'une part, la croissance démographique rapide augmente le nombre d'individus en contact avec les foyers naturels de peste ; d'autre part, les techniques de transport par conteneurs comportent des risques nouveaux : un chargement effectué en zone infectée ne peut plus être inspecté ou traité en cours de route et le lieu de destination ne dispose pas toujours des moyens nécessaires ; en outre, le transport aérien de ce […]
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