4. La foi en l'avenir, l'art
Cette veine prophétique d'un poète qui veut légiférer pour un monde meilleur qu'il aura aidé à naître entraîne d'ailleurs rarement Shelley vers l'éloquence ou la prédication sociale faciles. Elle se traduit plutôt par le refus des bornes inutilement imposées à l'homme par l'ignorance, l'erreur ou la faiblesse : on pense en le lisant aux cris de Rimbaud : « Changer la vie » ou « Je me révolte contre la mort ». Son poème « À l'alouette » a été critiqué comme trop prodigue en comparaisons et en litanies. Mais Shelley y dit son désir de s'identifier à l'oiseau qui s'envole en flèche loin de la terre pour chanter son allégresse : s'il pouvait, lui, atteindre à une joie aussi entière, le monde écouterait son chant avec le même ravissement.
Son ode la plus célèbre, « Au vent d'ouest », si elle retombe un moment dans la mélancolie, se gonfle à nouveau de foi dans la dernière strophe. Puisse le vent faire du poète sa lyre, devenir lui, l'envahir en effaçant toute différence entre le moi et le non-moi. De ce foyer non éteint que sera alors le poète, le vent soufflera de toutes parts ses paroles, comme des cendres et des étincelles, et il sera « la trompette d'une prophétie ».
Cette confiance dans l'avenir de l'humanité et dans la lutte de l'artiste et de l'homme contre la destinée n'aveugle pas Shelley. Il n'est pas resté un adolescent refusant l'expérience du concret et niant la souffrance. Les cris d'angoisse, de retombée de l'empyrée de ses rêves abondent dans ses courts poèmes et sont déchirants. « Nos plus doux chants sont ceux qui disent les pensées les plus tristes », disait un vers de l'« Ode à l'alouette ». La conclusion de « La Plante sensitive » dénonce le règne de la mort ici-bas, même si la beauté et l'amour échappent à la loi du changement. Le huitain « A Dirge » (« Chant funèbre ») capte un immense sanglot de la terre et des vents, qui se lamente sur le mal dans le monde. L'avant-dernière année de sa vie, alors qu'il était le plus proche d'une vu […]
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