2. Les grandes œuvres de l'exil
Le décès de son grand-père, en 1815, avait mis le poète rebelle en possession d'une certaine fortune qui lui permettait de voyager et de secourir ses nombreux amis en détresse. Mais ses souffrances morales étaient grandes. La garde des enfants nés de sa première femme lui fut enlevée par la justice. L'Angleterre le traitait en hors-la-loi, comme elle avait fait pour Byron, avec lequel Shelley s'était lié d'amitié à Genève en 1816. En mars de cette même année, il quitta l'Angleterre pour n'y plus revenir et se fixa en diverses villes d'Italie, le plus durablement à Pise. Cette vie errante, la mort du second bébé de Mary creusèrent un fossé entre celle-ci (également écrivain de talent, auteur du fameux roman de terreur Frankenstein) et son mari. Julian and Maddalo, poème-conversation entre Shelley et Byron sur le thème de la folie causée par un chagrin d'amour, traduit, dans un cadre vénitien, le désespoir du poète qui fut peut-être alors proche de la folie. Sentiment qui se manifeste pareillement dans les célèbres « Strophes écrites dans le désespoir près de Naples en 1818 ». À Rome cependant, en 1819, Shelley est consolé par la splendeur des ruines antiques ; il aimait surtout les vestiges des bains de Caracalla, où il passa de longues heures à écrire son grand drame lyrique, Prométhée déchaîné (Prometheus Unbound). Son pessimisme personnel, dû à la difficulté d'être et à l'impatience du présent, ne l'amena presque jamais à désespérer de l'avenir. Les courts poèmes – surtout lorsque cet idéaliste platonicien se sentait captif de complications sentimentales – crient le mal dans l'homme, dans le monde et surtout dans la société. Mais tous les longs poèmes expriment l'espoir d'une régénération future. Une fois les tyrannies vaincues et le triomphe de la liberté assuré, l'homme pourrait s'éprouver enfin libre sur un sol libre, débarrassé des superstitions religieuses, prendre en main son destin comme le rêvait le Faust goethéen.
Parmi ces œuvres de plus longue […]
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