2. L'intentionnalité des pensées
Au sens large, toute attitude propositionnelle et son contenu impliquent une « pensée » ou sont une forme de pensée : on ne peut pas croire que p sans avoir la pensée que p, ni désirer que p sans avoir la pensée que p. C'est en ce sens que l'on peut dire qu'attribuer des attitudes propositionnelles à un être quelconque, c'est lui attribuer des pensées. Si l'on accepte cette caractérisation générale des pensées comme attitudes propositionnelles, on leur attribuera les propriétés que tous les états mentaux de ce type ont en commun.
En premier lieu, elles sont dirigées vers certains contenus propositionnels, c'est-à-dire des contenus dont l'attribution implique l'usage d'une proposition complétive gouvernée par « que », comme dans « Stanley pense que Livingstone est un explorateur ».
Ces contenus peuvent être appelés « intentionnels », au sens que donnaient à ce terme Brentano et Husserl : les objets qui font partie de ces contenus n'existent pas à proprement parler, mais ont une « inexistence intentionnelle », relative aux actes mentaux qui les visent. Selon Brentano, ce trait constitue un critère du mental comme tel, qui le distingue du physique. Mais on peut reformuler ce critère comme critère non pas du mental, mais de la manière dont nous le décrivons. En effet, les phrases utilisées pour rapporter des contenus de pensée ou d'autres attitudes propositionnelles ont trois caractéristiques qui les distinguent des phrases ordinaires attribuant une propriété à un objet ou décrivant un événement (comme « Pierre est grand » ou « Le bateau part »).
1. Leur valeur de vérité n'est pas fonction de la valeur de vérité des propositions complétives qu'elles gouvernent : la vérité, ou la fausseté, de « X croit (pense, désire, etc.) que p » n'est pas fonction de la vérité (ou de la fausseté) de p (mais seulement du fait que X a, ou n'a pas, la croyance, la pensée ou le désir que p).
2. Les expressions désignant des objets ou propriétés figurant dans les propositions complétives gouvernées par « que » ne peuvent pas être remplacées par des expressions qui ont la même référence (« Pierre pen […]
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