5. Anthropologie du pèlerinage
Au terme de ce parcours se profile une anthropologie du pèlerinage, dont quelques données maîtresses peuvent être brièvement dégagées.
1. Le lieu sacré est, dans l'expérience religieuse de l'espèce humaine, une nécessité. La quantité innombrable des pèlerinages l'atteste, autant qu'une histoire globale de ces lieux mêmes : les lieux morts ressuscitent ailleurs et les créations ou les reconnaissances de lieux sacrés ne cessent de survenir.
Ainsi apparaît comme nécessaire, dans l'indéfini de l'espace physique, vécu comme homogène, l'existence de lieux d'espace d'une nature différente du milieu environnant, hétérogènes à celui-ci, caractérisés comme autant de points d'un ailleurs déterminé, qui orientent et fixent la recherche collective et individuelle d'un état « autre ».
Ces lieux détiennent, au regard de l'expérience pèlerine, une puissance de charge sacrale qui leur est propre : d'où la croyance largement répandue que l'on peut, en visitant successivement plusieurs lieux sacrés, cumuler leurs charges sacrales respectives. La tradition de circuits pèlerins, parfois d'étendue considérable, particulièrement développée en Extrême-Orient, confirme cette matérialisation psychique du lieu sacré.
L'extraordinaire richesse des composantes qui font la sacralité du lieu sacré – essentiellement : révélation ou présence surnaturelle, nature, histoire, légendaire, traditions, croyance collective, densité des foules aussi – donnent à ce lieu une puissance de sacralisation qui est à la mesure des convergences et de l'intensité d'unisson de ces différents facteurs au même lieu. Aussi y a-t-il, inscrite dans les pulsions des masses pèlerines, une hiérarchie de « vertu » des lieux sacrés.
Le lieu sacré devient ainsi, pour le monde pèlerin, lieu de source ou de re-sourcement. Vers lui convergent les routes de la sacralisation et par lui cristallise, dans l'imaginaire collectif, l'attente de retours périodiques. Le pèlerin tend, par concentration mentale, à privi […]
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