4. La société pèlerine
• Une société de masse et de consécration
Dans l'analyse de la geste pèlerine, l'individuel et le collectif ont été jusqu'ici sinon confondus, du moins non différenciés. La réalité, d'ailleurs, est telle que, dans la société pèlerine, il n'y a pas de problème de distinction entre l'un et l'autre, car l'acte pèlerin est essentiellement un fait collectif. La société créatrice du pèlerinage est, en effet, la masse, celle-ci étant entendue d'un point de vue organique, beaucoup plus que quantitatif. Tout pèlerin qui se veut solitaire n'en participe pas moins d'un flux collectif puissant qui a élu le lieu sacré et qui est, dans le brut du vital, une force irrationnelle panique ; c'est-à-dire un groupe humain porté par une irrésistible pulsion commune – d'autant plus intensément qu'il est ou devient massivement plus nombreux –, entraîné, par une force qui le dépasse, à la recherche de sa propre sacralisation. Ce groupe, multiplié dans l'espace et dans le temps, constitue une société extraordinaire autant qu'éphémère. Extraordinaire à différents niveaux : en ce sens, tout d'abord, que cette société est, dans sa démarche à travers l'espace, beaucoup plus que nostalgique d'un « ailleurs » physique, une société itinérante en marche vers une terre de transfiguration ; en ce sens, encore, qu'à l'encontre de la société d'où part le pèlerin, et qui est cloisonnée et hiérarchisée, la société du pèlerinage est une société confondue, donc sans catégories ni différences, où les âges, les sexes, les hiérarchies, et même clercs et laïcs, se retrouvent dans une communion panique de ferveur, d'espérance, de lumière et de joie. Yahvé l'a dit à son peuple : « En présence de Yahvé ton Dieu tu te réjouiras, au lieu choisi par Yahvé ton Dieu pour y faire habiter son nom : toi, ton fils et ta fille, ton serviteur et ta servante, le lévite établi en ta ville, l'étranger, l'orphelin et la veuve qui vivent au milieu de toi » (Deut., xvi, 11). La société de pèlerinage est extraordin […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 34 pages…



