2. Nature des « lieux sacrés »
Cet affleurement anthropologique, on peut le retrouver et sensiblement l'élargir en considérant maintenant, les motivations dites, les complexes réalités qui constituent, au terme de la route, le lieu sacré ou saint. On peut, semble-t-il, sans schématisme abusif, discerner quatre grandes catégories permettant de classer, dans leur spécificité originelle, ces lieux où l'espace se transmue jusqu'à devenir puissance sacralisante. La distinction la plus immédiate s'établit entre les lieux sacrés consacrant un phénomène de la nature physique et ceux, au contraire, qu'illustre une histoire. Plus rares, mais plus révélatrices encore des enracinements profonds du fait pèlerin, sont les deux autres catégories de lieux sacrés : les uns ont un caractère eschatologique ; les autres sont des lieux de règne ou de sources.
• Lieux sacrés cosmiques
La première catégorie développe une large constance planétaire. Dans l'ancien Israël, les lieux pèlerins des patriarches retrouvent et égrènent les étapes naturelles de la transhumance nomade, avec les sources, les puits, les points d'eau nourriciers et les arbres protecteurs. On sait que le pèlerinage hindou grandit à partir du tīrtha, au franchissement d'une eau ; confluences de rivières, embouchures de fleuves sont, par nature, lieux de sacralisation, telle Allahabad, le « Confluent par excellence », qui est la « demeure de Dieu ». Bénarès et Hardwar – ce dernier lieu se situant là où les gorges libèrent la masse tumultueuse des eaux du Gange de l'écrasement himalayen – proclament la sacralisation du fleuve. Grottes, sources, rochers sacralisent l'espace pèlerin japonais, où culmine, à plus de trois mille mètres, la montagne sainte du Fujiyama. Pics et lacs de haute montagne représentent, aussi bien en Inde qu'au Tibet et en Chine, autant de lieux possibles d'élection sacrale, tel ce Wutaishan aux Cinq Montagnes, où défilaient en masse pèlerins tibétains et mongols. Cinq montagnes sacrées constituaient, dans l'a […]
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