2. La doctrine de Pélage
Le pélagianisme repose essentiellement sur la conception selon laquelle l'homme peut toujours choisir également entre le bien et le mal. Une telle théorie, héritée du stoïcisme, n'est pas, en soi, absolument neuve ; elle l'est seulement par les conséquences que Pélage et ses partisans en tirent. Pour l'exercice de ce choix, pensent-ils, l'homme dispose librement de son corps et de ses membres. Sa volonté est toujours prête à affronter la double option, et elle n'est pleinement libre qu'en tant qu'elle reste capable de ce choix. Mais c'est dans un dessein pédagogique et pastoral, afin de stimuler les énergies de ses disciples, que Pélage, qui était un ascète, ne cesse d'insister sur la valeur de l'homme et de son autonomie : dans sa Lettre à Démétriade (écrite entre 412 et 414), il développe l'idée que l'homme est le chef-d'œuvre de Dieu, et que ce dernier lui a donné, par un privilège unique, la raison, c'est-à-dire la conscience de ses actes. Ainsi, c'est la raison qui permet à l'homme de dominer les autres créatures et des êtres qui peuvent lui être supérieurs par la force ; c'est elle qui lui permet de connaître Dieu. La raison est donc un caractère spécifique, essentiel de l'homme. Elle fait de lui, seul dans tout l'univers, l'exécuteur, volontaire et non contraint par quelque nécessité, de la justice de Dieu. En lui permettant de distinguer le bien du mal, elle laisse ainsi à l'homme la possibilité de mériter par lui-même son salut, car la possibilité de désobéir à la Loi divine est la condition même de cette liberté qui constitue l'éminente dignité de l'homme. Ce texte capital fonde l'autonomie de l'homme par rapport à Dieu et établit entre ce dernier et la créature des relations empreintes d'une totale liberté, étant bien entendu que, chez Pélage, cette autonomie n'existe que située dans un contexte religieux et chrétien. De plus, cette éminente dignité de l'homme est le témoignage de la bonté de la création. Cela implique la notion, alors assez peu fréq […]
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