Partisan de l'ésotérisme et fondateur d'un ordre rosicrucien catholique, Joséphin Peladan, qui se donnait le titre de sâr, hérité, prétendait-il, d'un ancêtre roi babylonien, faisait grand cas de Fabre d'Olivet tout comme son contemporain Stanislas de Guaïta, le fondateur, en 1889, de l'Ordre kabbalistique de la Rose-Croix. Peladan entra immédiatement dans cet ordre, en même temps que Papus, mais s'en sépara avec fracas en 1890 après avoir créé une société dissidente, l'Ordre de la Rose-Croix, du Temple et du Graal, appelée aussi la Rose-Croix catholique. Il cherchait, en effet, dans ce qu'il croyait être la tradition rosicrucienne, les jalons d'une science perdue et commanda à Erik Satie une Marche des Rose-Croix...
Pas plus chez Peladan que chez Guaïta, ce désir de renouer avec une tradition hermétique ne s'accompagnait des travaux sérieux et approfondis qui eussent été nécessaires pour constituer un corps de doctrine. D'ailleurs, les deux ordres s'opposèrent vite : on se lança des anathèmes, dans un combat que le public qualifia de guerre des Deux-Roses ; aux côtés du sâr, on trouvait des esthètes tels que Gary de Lacrose, Élemir Bourges, Saint-Pol Roux ; aux côtés de Guaïta, des hermétistes purs : Papus, Barlet, Paul Adam, Oswald Wirth. Le sâr voulait rénover le catholicisme en s'appuyant sur l'ésotérisme contenu dans cette religion et même fonder le premier sur le second, ou plutôt sur l'occultisme.
Malheureusement, ses excentricités verbales le firent souvent sombrer dans le ridicule ; il avait le goût des excommunications, des provocations paradoxales. Il reste néanmoins un écrivain de grand talent (Le Vice suprême, 1884 ; Comment on devient fée, 1893 ; De Parsifal à don Quichotte, 1906 ; Les Amants de Pise, 1912 ; Les Dévotes d'Avignon, 1922) et son mérite dans l'histoire des idées fut d'avoir contribué à susciter un intérêt fervent pour les sciences traditionnelles. Il occupe aussi une bonne place dans la littérature symboliste en France. Son « lyrisme aux raffinements byzantins et pervers, écrit Alain Mercier, ne manque pas toujours d'une certaine originalité et atteint parfois à la vraie poésie » (Les Sources ésotériques et occultes de la poésie symboliste, 1870-1914, Paris, 1969). Il a, de plus, donné droit de cité à deux thèmes que les symbolistes reprendront en les orchestrant de diverses manières : celui du mage et celui de l'androgyne (L'Androgyne, Paris, 1891).
Antoine FAIVRE
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