Chacun des arts est l'exercice d'une des relations fondamentales entre l'homme et le monde. Ainsi, nés dans une matrice dont nos fantasmes gardent le souvenir, nous trouvons dans l'architecture, espace englobant, une matrice agrandie et différenciée à la mesure de nos actions. Prématurés, incapables durant de longs mois de nous nourrir, de nous vêtir, de nous mouvoir, nous sommes portés, par nos dispositions cérébrales, à nous chercher forme et consistance dans des doubles, dont l'animal, plus vite adapté, n'a que faire : et la sculpture, espace englobé cette fois, nous fournit des doubles particulièrement efficaces. En ce sens, l'architecture est prénatale, la sculpture néonatale.
La peinture, elle, vient après. Et il ne s'agit pas tant, pour Hegel comme pour nous, de sa place dans l'ordre d'apparition des arts, problème insoluble et peut-être mal posé. Mais, n'étant ni englobante ni englobée, toujours étalée, toujours pro-posée devant celui qui la fait ou la regarde, elle concerne un stade ultérieur du développement humain, celui que les psychanalystes et les généticiens ont caractérisé par les identifications secondaires, où les enveloppes et les répondants de chacun s'éloignent de plus en plus de la présence immédiate du corps, pour se déployer dans l'imaginaire et le symbolique, coextensifs à la culture. Qu'elle articule la perspective du Sacre de Napoléon ou qu'elle consiste en quelques taches et traits sur un support, la peinture, par sa nature même, est chose mentale, cosa mentale, comme l'a dit Vinci, qui a ainsi marqué à la fois sa fluidité et sa fantaisie, sa capacité analytique et systématique, et, malgré cela, son attachement au monde, si l'on prend cosa au pied de la lettre.
1. Les pouvoirs
• La tache et le trait
La tache et le trait n'invitent pas à distinguer en eux une matière et une forme, ainsi qu'il advient pour la statue et le bâtiment, pour le corps du danseur, pour la trace ou l'empreinte. Jusque dans les peintures dites de la matière, ils se subtilise […]
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