Calderón est le plus grand des dramaturges espagnols : ses origines, son expérience et sa culture rendent compte des idées, des sentiments, des thèmes et des sujets qu'il expose et développe dans cent vingt comédies, quatre-vingts autos sacramentales et quelques intermèdes. Sa souche paysanne et castillane fait de lui un parvenu, soucieux de ne le paraître pas et, pourtant, enclin à défendre la digne paysannerie contre les mauvais seigneurs. Sa jeunesse turbulente à Madrid, sa carrière à la Cour, son entrée tardive dans les ordres et la charge qu'il assume auprès de Philippe IV et de Charles II expliquent les comédies de philosophie politique, les pièces lyriques et à grand spectacle et les drames historiques et hagiographiques. À la noblesse, il donne des leçons de noblesse, au clergé, des leçons d'orthodoxie, et au petit peuple, des leçons d'humilité. Ajoutons qu'il fut élevé par les Jésuites et qu'il tâta sans conviction de la carrière des armes. Enfin, pour lui comme pour ses contemporains, tout dans la vie et dans l'histoire est tragi-comédie.
1. Un théâtre enraciné
Calderón se propose d'énoncer et de résoudre sur la scène, et à l'intention d'un public compréhensif, des problèmes types nés alors des contradictions intérieures de la société et de l'homme dans ses rapports avec les autres, avec le monde.
Ainsi, Dame ou fantôme (La Dama duende) enseigne aux filles à berner l'autorité des frères et des parents, mais pour la bonne cause, le mariage. Maison à deux issues (Casa con dos puertas) fixe une limite à l'audace des garçons en âge de s'émanciper. Le Médecin de son honneur (El Médico de su honra, 1635) montre comment, dans un cas extrême, un homme peut défendre son honneur sans contrevenir à ses devoirs de vassal quand son épouse est sollicitée d'amour par un prince royal (on tue simplement la pauvre femme innocente). La vie est un songe (La vida es sueño, 1636) détourne le souverain de la tentation du machiavélisme : Dieu a voulu l'hérédité de la couronne et non expressément la prospérité de l'É […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



