7. Une mystique de la douleur
Pour aborder cette sensibilité nouvelle, le projet esthétique du cinéaste use d'une rigueur renouvelée. La palette des couleurs évolue (le noir y prend une place dominante, associé au rouge dans La Mauvaise Éducation, au blanc dans Volver), et la mise en scène devient un exercice très précis de contrôle des effets visuels comme de la narration. Personnages et péripéties peuvent proliférer, le récit n'en est pas moins tendu, épuré par l'usage des ellipses (Tout sur ma mère). Le « contrôle » des émotions importe aussi, puisque c'est la maîtrise de leur expression et de leur retentissement qu'Almodóvar vise en dernière instance. Il le faisait depuis ses débuts en tant que méticuleux directeur d'acteurs. Ici, c'est avec la caméra qu'il parachève ce travail. Il entraîne ainsi le mélodrame vers le tragique et lui confère une dimension empreinte de sacré. Ce qui s'exprime alors évoque une mystique de la douleur, où le cinéaste a souvent déclaré percevoir une religion universelle, parlant à chacun et permettant à tous de communiquer. L'extraordinaire écho public et critique reçu par Tout sur ma mère, Parle avec elle et Volver semble lui donner raison.
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