Réflexion d'une pratique – celle de l'éducateur –, la pédagogie sera définie ici comme « projet d'intelligence de l'action éducative ». Sans doute a-t-on voulu la doter un temps d'un statut plus « scientifique », mais elle appartient d'abord à la sphère de l'action, qu'elle analyse, critique, oriente. Les problèmes de l'éducation scolaire, ceux que la pédagogie a mission de poser, sont aussi des problèmes axiologiques et, si l'on veut parler de science, il faut se demander s'il y a « science normative ».
On ne contestera donc pas que, à côté de la didactique, des techniques d'apprentissage, de la connaissance objective du processus éducatif, la pédagogie a affaire avec les valeurs, et, partant, avec la société et avec le pouvoir. En retour, ses ambitions de « rationalisation du travail d'éducation » paraissent elles-mêmes idéologiques. Au-delà du discours pédagogique, la sociologie de l'éducation montre aussi le rôle sélectif de l'école, qui fait jouer le processus de reproduction. Comment nier, en tout cas, l'influence accordée par la société à ceux qui ont la charge d'en former les plus jeunes membres ? C'est en cela que la question de l'autonomie des éducateurs devient cruciale : à vrai dire, elle constitue un enjeu politique de premier ordre qui, comme tel, est pris dans l'ensemble des conflits sociaux.
Faire l'histoire de la pédagogie ne saurait donc se dissocier d'une élaboration de l'histoire des transformations culturelles et de leurs agents : les humanistes, les philosophes des Lumières, les législateurs de la Convention, les utopistes, les socialistes. Encore furent-ils suivis avec retard par l'institution qui, en constituant un « monde scolaire » distinct du « monde professionnel », pose de nouveaux problèmes. La pédagogie devient réflexion sur une pratique, réflexion conduite par d'autres que le praticien ; ainsi s'explique la tendance à l'activisme marginal de l'innovation systématique. De prévisibles déceptions ont modifié la problématique à partir des années 1970, au cours desquelles sont apparus, d'une part, les « techniciens », qui se désintéressent des grandes options sur les fins, d'autre part, les « novateurs », délibérément subversifs ou « alternatifs ». Les uns et les autres semblent, depuis le milieu des années 1980, être revenus à une certaine modestie, qui s'attache à « redéfinir les fonctions de l'école » – le risque étant alors de s'en tenir à un discours de gestionnaire.
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