2. Problèmes actuels
La conception chrétienne du péché qui vient d'être exposée ne peut manquer de poser un certain nombre de questions dont certaines sont rendues plus aiguës par les mutations actuelles de l'expérience et de la connaissance que les hommes ont d'eux-mêmes.
Les plus radicales sont évidemment celles qui mettent en cause l'existence d'une alliance entre Dieu et les hommes, et plus fondamentalement encore l'existence d'un dieu semblable à celui que se représentent les chrétiens ou même celle d'un principe divin quelconque. Si radicales que soient ces questions, il n'y a pas à en parler ici, car elles évacuent la réalité même du péché, et il n'y est plus question que de l'expérience du mal, de l'impureté, de la transgression de la loi ou des impératifs de la conscience, de la faute morale, etc., toutes expériences important aussi bien à l'athéisme qu'à la foi religieuse, mais dont le péché est spécifiquement différent.
En revanche, il sera utile d'aborder certaines questions concernant le péché lui-même, car la représentation qu'on s'en fait joue un rôle capital dans la conception que l'on a de Dieu. De plus, s'il s'avérait que, quoi qu'il en soit des affirmations théoriques ou idéologiques du christianisme sur le péché, la pratique concrète du christianisme mettait en œuvre une conception assez différente de la théorie ou de l'idéologie, il conviendrait de se demander laquelle est la véritable conception chrétienne du péché et ce que recouvrirait ce décalage entre la théorie et la praxis.
• Péché et sentiments de culpabilité
Un des éléments affectant le plus profondément la représentation du péché est certainement la connaissance, acquise grâce aux différentes disciplines de la psychologie, et particulièrement grâce à la psychanalyse, des sentiments de culpabilité. Freud a constaté leur très grande importance et les a considérés comme « la perception qui, dans le moi, correspond à la critique exercée par le sur-moi ». C'est dire que, contrairement à une interprétation erronée et trop répandue de la psychanalyse, les sentiments de culpabilité ne sont pas de soi pathologiques ou pathogènes, puisqu'ils son […]
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