Philosophe et théologien d'origine allemande, Tillich dut s'exiler aux États-Unis, où il enseigna durant la dernière partie de sa vie. Sa pensée se caractérise par la prise au sérieux de la religion et des symboles qui constituent le langage de l'être. Contrairement à Karl Barth, Tillich a toujours essayé de concilier la foi et la culture, la civilisation et la religion. Pour lui, en effet, la tâche du théologien consiste à interpréter la culture afin d'entrer en dialogue avec tous ceux qui se posent, de quelque façon que ce soit, la question de la réalité ultime.
1. Un homme des frontières
Dans une de ses Réflexions autobiographiques, Paul Tillich, né dans un petit village du Brandebourg, Starzeddel, et mort à Chicago, se définit comme un homme des frontières. Son père était un pasteur luthérien plutôt orthodoxe et conservateur, tandis que sa mère avait le tempérament de sa Rhénanie natale. Tillich entreprit parallèlement des études de théologie et de philosophie qui le détachèrent peu à peu du confessionnalisme de son enfance. Il garda néanmoins le sens du culte et de la communauté. En 1914, devenu aumônier militaire, il se mit à lire la Bible, mais aussi Marx et Nietzsche, découvrant que le langage ecclésiastique avait perdu toute signification pour les hommes auxquels il s'adressait. Au retour de la guerre, il milita pour un « socialisme religieux ». En 1924 et 1925, il enseigna la théologie à Marbourg, où il rencontra Heidegger, puis la philosophie, successivement à Dresde et à Francfort, où il succéda à Scheler.
Dès l'arrivée au pouvoir de Hitler, il fut révoqué pour avoir demandé l'exclusion de l'Université des étudiants nazis qui avaient molesté des condisciples juifs et socialistes. Contraint de s'exiler aux États-Unis, il y entreprit, malgré des difficultés linguistiques, une carrière d'enseignant qu'il poursuivit jusqu'à la fin de sa vie tant à l'Union Theological Seminary de New York qu'à Harvard et à Chicago. De son luthéranisme natif Tillich garda notamment l'affirmation de la just […]
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