2. Pourfendeur des idées reçues
Les théories du commerce international ont bien besoin d'un tel mentor car après la thèse de l'échange inégal défendue, dans les années 1970, par des économistes marxistes, les années 1990 sont celles où des néo-ricardiens (Lester Thurow par exemple) soutiennent que le commerce entre pays pauvres et pays riches conduit à l'enrichissement des premiers et à l'appauvrissement des seconds. La concurrence des pays à bas salaires provoquerait chômage et déséquilibres sur le marché de l'emploi des pays industrialisés.
Ces conclusions séduisent car elles fournissent en un seul mot, « la mondialisation », l'explication des problèmes de société les plus préoccupants du moment, à savoir la montée du chômage et des inégalités. Aussi sont-elles rapidement relayées par nombre d'essayistes et de responsables politiques influents.
En France, on en retrouve par exemple l'influence dès 1993, dans un rapport de la commission des Finances du Sénat (dit rapport Arthuis) qui montre les dangers des délocalisations consécutives aux échanges avec les pays du Sud, allant jusqu'à recommander l'adoption de mesures protectionnistes. Krugman s'insurge contre ce genre d’idées. Dans un livre publié en 1998, La mondialisation n'est pas coupable, il s'attaque aussi bien aux tenants de l'ultralibéralisme qu'aux réfractaires à l'extension du commerce international. Il dénonce la paresse intellectuelle de ceux qui, sous couvert d'érudition, participent à l'essor de ce qu'il appelle « la théorie Pop du commerce international » (Pop Internationalism). Il n'est guère plus tendre envers les éditeurs qui accentuent le mouvement en préférant les idées faciles et assurément plus vendeuses à celles qui obligent à raisonner. En prennent aussi pour leur grade les économistes eux-mêmes, dont il fustige l'incapacité à communiquer auprès d'un public plus large que leurs pairs.
Le Pop Internationalism que dénonce Krugman part d'une analogie percutante mais trompeuse : les pays seraient aujo […]
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