Pamphlétaire, essayiste, journaliste, reporter et romancier marxiste, Nizan est, par excellence, l'écrivain-miroir des années 1930. Mais il est aussi, en dépit de sa volonté maintes fois explicitée de prétendre ne s'adresser qu'à ses seuls contemporains, un maître à penser de la jeunesse des années 1960.
Inscrit au Parti communiste dès 1927, il rompit bruyamment avec lui, en septembre 1939, à l'occasion du pacte germano-soviétique. Bien qu'il ait été tué au cours de la retraite de Dunkerque en 1940, ses livres sont retirés, à la Libération, du comptoir des Écrivains combattants : le Parti communiste répand le bruit que son ancien porte-parole n'est au fond qu'un traître qui émargeait au ministère de l'Intérieur. C'est le scandale de l'« affaire Nizan » (1946-1947).
Il faut attendre 1960 et la réédition d'Aden Arabie, précédé d'une préface remarquable de Sartre, pour voir Nizan faire une deuxième entrée triomphale dans la littérature. Il ne s'agit plus cette fois d'un succès d'estime, mais d'une réelle célébrité : Sartre a offert un héros tout neuf à ceux qui ont vingt ans.
Deux images s'imposent à nous : celle du jeune dandy tourmenté, décrit par Sartr […]
