Paul Morand attira l'attention du monde littéraire dès ses premiers recueils de poèmes, Lampes à arc (1919) et Feuilles de température (1920). Célèbre à trente-trois ans avec Ouvert la nuit (1922), il connut le succès des forts tirages, courut le monde, lança la mode de la désinvolture, puis, après 1944, éprouva de son vivant le purgatoire que subissent les écrivains morts. Enfin il reprit la place que personne ne lui avait disputée, maître incontesté de la nouvelle, de l'image qui fait mouche, du style rapide, étincelant. Il est déjà un auteur classique quand il entre le 21 mars 1969 à l'Académie française. Le voyageur, l'homme pressé va pouvoir goûter les bienfaits de la stabilité. Il meurt comme il a souhaité mourir, rapidement, sans souffrances inutiles, avec discrétion et élégance.
Qui était cet homme légendaire, toujours en voyage mais acharné au travail, secret mais prodigieusement intéressé par ce qui l'entourait, l'esprit vif, l'œil vif, une sorte d'Asmodée moraliste et chasseur d'images ?
Il est né à Paris, le 18 mars 1888. « J'ai l'âge de la tour Eiffel, disait-il. Nous sommes « jumeaux ». Son père, conservateur du Dépôt des marbres, appartient à la bourgeoisie éclairée : il écrit des pièces pour Sarah Bernhardt, un livret pour Massenet, fréquente les artistes et les gens de lettres. Jean Giraudoux aide le jeune Paul à passer ses examens ; ils resteront de grands amis. En 1913, Paul Morand est reçu au concours des ambassades ; il ira en poste à Londres, à Rome, à Madrid, à Bangkok. En 1938, il représente la France aux commissions du Danube, en 1939-1940 il est chef de la mission de guerre économique à Londres. Ambassadeur de France à Bucarest en 1943, à Berne en juin 1944, il est révoqué sans traitement ni retraite à la libération de la France, puis en 1953, après décision du Conseil d'État, réintégré dans tous ses droits – et aussitôt mis à la retraite. Il consacre les vingt-trois ans qui lui restent à vivre à la littérature. Le général de Gaulle lui interdit l'e […]
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