« Paul-Louis Courier, vigneron de la Chavonnière, bûcheron de la forêt de Larçay, laboureur de la Filonnière, de la Houssière et autres lieux » : peu d'écrivains français joignirent meilleure plume à pire caractère.
1. Mauvais caractère
Ni les mathématiques, ni surtout l'école d'artillerie, où Courier fut admis en 1791 à dix-neuf ans, n'exigeaient qu'il désertât un peu, refusât de rejoindre son corps et que, chef d'escadron, il écrivît au général Dedon : « Je saurai rendre la lâcheté de votre conduite aussi publique enfin qu'elle est constante. » Si le grec, où il excellait, pouvait l'inciter à brider son cheval, quand il occupait Naples, ainsi que le conseille Xénophon, l'usage de cette langue lui imposait-il de répliquer d'aussi hargneuse façon au bibliothécaire dont il avait, d'une tache d'encre, souillé un manuscrit, celui de Daphnis et Chloé ? Et l'on voit mal pourquoi l'habile traducteur de ces amours puériles devait se comporter en pillard paillard, et l'artilleur en hussard, pressant ainsi quelque dame hésitante : « Cela ne vous fait ni chaud ni froid [...] belle raison pour dire non ! »
De grognard sous Napoléon passé grognon sous Louis XVIII, étonnez-vous si « le plus petit des grands propriétaires » – toujours âpre à se faire payer, jusqu'au « tapage » et aux « assignations » inclusivement – supporta mal que la lettre de la Charte, à laquelle il s'était rallié, en trahît constamment l'esprit. Parce qu'il n'était d'aucun parti, sinon de celui des orléanistes, parce qu'il se piquait de n'être « compère de personne », il connut les arrêts de rigueur en Italie, fut détenu sous Napoléon, par mégarde, à cause du complot de Mallet ; durant la Restauration, ce furent des procès, l'amende, la prison. De 1816 à sa mort, les maires, les préfets, les gendarmes, les procureurs du roi, les ministres même l'honoraient de constantes tracasseries. La liberté se paie. En vérité, il était allé assez loin les chercher : « Je fis seize pages d'un style à peu près comme je vous parle et je fus pamphlétaire insigne. » Le bon apôtre ! Pamphlétaire en effet ; et pamphlétaire insigne !
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