2. Le moyen plastique
L'opération inaugurale de tabula rasa amène Klee à reformuler sa pratique de façon inédite et personnelle : « Tout doit être Klee » (Tagebücher, 757). Cette mise en cause concerne non seulement l'image, mais aussi ce qui touche à son infrastructure matérielle et technique. Et d'abord le support, sa topologie, sa fonction. Les formats se limitent souvent à celui de la feuille d'écriture, qu'il s'agisse de travaux graphiques ou colorés. Le dessin, omniprésent, sert aussi de laboratoire formel et sémantique. Pour l'expression chromatique, l'aquarelle et les innombrables techniques mixtes dominent. Enfin, une vaste théorie de la forme conjugue les principaux constituants picturaux (point, ligne, surface, couleur) avec des signaux porteurs de sens élémentaires (flèche, pendule, balance, etc.).
• Agencements, surfaces, matières
Pour Klee, l'infrastructure, c'est déjà le sens et parfois sa part décisive. Pour les dessins et aquarelles, le dispositif reste sensiblement stable. Le subjectile porte-image est collé sur un support cartonné où s'inscrivent les éléments d'identification reportés sur un « livre de vérité ». Dans cette zone située entre icône et hors champ, l'écriture énonce sa diversité et, à la fois, signale sa connivence avec les signifiants du subjectile. Il arrive que celui-ci présente des pliures (Bois de Schosshalde, 1913), des découpes (Anatomie d'Aphrodite, 1915) ou qu'il soit froissé (L'Armoire, 1940). Les accidents sont accueillis : taches, singularités de matières, effets en palimpseste des repentirs ou de la transparence, etc. L'Étoffe vocale de la cantatrice Rosa Silber (1922) matérialise son propos abstrait dans le textile aérien d'un subjectile encollé d'une préparation (Gesso) rose et argent (Silber). Ici comme souvent, technique et titre s'éclairent en miroir.
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