Avec Émile Cohl, Paul Grimault est la figure la plus marquante du cinéma d'animation français. Né le 23 mars 1905 à Neuilly-sur-Seine, il suit les cours de l'École des arts appliqués et entre ensuite à l'agence de publicité Damour, où il fait la connaissance de Jean Anouilh et de Jean Aurenche. Avec celui-ci, il réalise des films publicitaires humoristiques. Membre du groupe Octobre qu'animent les frères Prévert, il conçoit aussi des décors de pièces de théâtre et tient de petits rôles sur scène comme au cinéma.
En 1936, il se lance dans le dessin animé, crée avec André Sarrut la société de production les Gémeaux et signe, en 1941, son premier film d'« auteur » : Les Passagers de la Grande Ourse, auquel succèdent Le Marchand de notes (1942), L'Épouvantail (1943), Le Voleur de paratonnerres (1945), La Flûte magique (1946) et Le Petit Soldat (1947). À la fin des années 1940, il entreprend un dessin animé de long métrage : La Bergère et le Ramoneur. Mais un différend l'oppose bientôt à son associé, qui, en 1951, décide d'exploiter commercialement le film encore inachevé.
Paul Grimault fonde, la même année, sa propre société de production, sous l'égide de laquelle il réalisera une huitaine de courts-métrages, parmi lesquels, La Faim du monde (1969), Le Diamant (1972) et Le Chien mélomane (1973). En 1977, dix ans après avoir récupéré le négatif de La Bergère et le Ramoneur, disposant enfin des moyens techniques et financiers nécessaires, il entreprend l'achèvement de son grand œuvre qui voit finalement le jour, couronné d'un prix Louis-Delluc, en 1980, sous le titre Le Roi et l'Oiseau. En 1988, il est le protagoniste et le coréalisateur, avec Jacques Demy, de La Table tournante, constituée pour l'essentiel d'extraits de son œuvre.
Du point de vue de la forme, celle-ci se caractérise par un graphisme net et élégant fondé sur la courbe, le traitement en volume des personnages, le soin apporté aux détails dans les décors tendant au réalisme, une animation fluide et riche en mouvements, une palette luxuriante de couleurs fort variées, un découpage technique abondant en plans de différentes valeurs, de changements d'angles de prises de vues et de mouvements d'appareils... En ce qui concerne le fond, par une philosophie poético-anarchiste « prévertienne », par un amour pour les faibles, les êtres différents et fantaisistes, par une haine de la méchanceté, de la bêtise, de l'envie et de la tyrannie.
Alain GAREL
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