Né à Vienne, mobilisé dans l'armée allemande à dix-huit ans, Paul Feyerabend poursuit ses études à Londres et y refuse à vingt-neuf ans le poste d'assistant que Popper lui proposait, comme il avait refusé un peu plus tôt de devenir l'assistant de Brecht. S'il ne dit pas grand-chose de ce qui le lia à Brecht puis le détourna du théâtre, sinon son regret de n'avoir pas poursuivi dans cette voie, il s'étend en revanche plus longuement sur ses rapports avec Popper, avec qui il entretint des relations passionnelles, allant de l'admiration éperdue, selon certains de ses contemporains, au rejet empreint de ressentiment. En épistémologie, son véritable modèle, qu'il oppose souvent à la normativité qu'il juge stérile de Popper, est Ernst Mach, qu'il a lu dès l'âge de quinze ans et dont il considère l'œuvre comme authentiquement féconde puisque utile au progrès scientifique, inspirant directement Einstein, du propre aveu de celui-ci. Quant à ses références esthétiques, c'est le mouvement dada et son esprit libertaire que Feyerabend invoque, beaucoup plus que Brecht et son style militant. Il y a quelque chose de provocateur chez ce personnage un rien hétéroclite, capable de se réclamer de Mill comme de Dada et de Nietzsche comme de Mach ; quelque chose aussi du don Quichotte chez cet inlassable contempteur de mythes, donnant parfois l'impression de brûler ce qu'il avait lui-même idéalisé et adoré.
L'œuvre est en tout cas assez profondément hybride, ce qui en rend l'évaluation objective relativement malaisée. Feyerabend tient toujours, en effet, comme deux discours entrelacés : un discours de spécialiste solidement informé, un discours de généraliste passablement imprudent.
Si, même au premier niveau, strictement épistémologique, le discours est provocateur, il aurait pu rester, toutefois, clairement isolé du second, dans le style académique du Stuart Mill du livre “Des sophismes” (Système de logique) ; certaines analyses de Feyerabend sur la faiblesse de l'argumentation de Galil […]
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