Dans les dernières pages de son autobiographie, Without Stopping, parue en 1972(Mémoires d'un nomade, 1994), Paul Bowles livrait sa philosophie de la vie : « Dans mon histoire, il n'y a pas de victoires spectaculaires, tout simplement parce que je n'ai pas eu à lutter. Je me suis accroché et j'ai attendu. » Longtemps attendue, la mort l'aura trouvé à Tanger, la « ville magique » découverte dès 1931. Loin d'y être en marge, comme le crurent les pèlerins de la beat generation venus lui rendre hommage, il y vivait détaché, entre Orient et Occident.
Originaire de la Nouvelle-Angleterre, sa famille avait érigé l'interdit et la sublimation des désirs en valeurs suprêmes. Très tôt, donc, le jeune Bowles apprit la duperie : sourire, ne rien laisser paraître de ses désaccords intérieurs, sans pour autant renoncer à n'en faire qu'à sa tête. Après des études universitaires en Virginie, et alors que sa famille vient de s'installer à New York, il embarque en 1929, sans souffler mot à personne, sur un paquebot en partance pour le Vieux Monde. C'est le début d'un long exil volontaire, entrecoupé de quelques retours au bercail. La revue transitionvena […]
