2. Les miroirs de l'œuvre
En 1982, Paul Auster publie également The Art of Hunger (L'Art de la faim), qui rassemble des essais critiques sur Hamsun, Dupin, Celan, Kafka, notamment. Il travaille ensuite à sa Trilogie new-yorkaise, qui rassemble Cité de verre (1985), Revenants (1986) et La Chambre dérobée (1986). Ce qui était déjà esquissé dans L'Invention de la solitude – labyrinthes intertextuels, conjonction d'univers fabuleux, substitution d'identités – trouve ici un espace à sa démesure, à travers l'évocation d'un Manhattan abrupt et violent. Mais si L'Invention de la solitude empruntait son modèle aux anciens arts de la mémoire, c'est ici la structure du roman policier qui prévaut. Encore celle-ci apparaît-elle comme minée de l'intérieur : l'énigme ne se laisse pas résoudre, elle se dérobe sans cesse, de variation en digression. Ainsi, dans Cité de verre, l'enquête n'aboutit pas, elle conduit plutôt à l'effacement progressif des éléments et des protagonistes qui la composaient.
Ce jeu entre disparition et dédoublement suscite d'autres ramifications dans les deux autres romans de la trilogie. Moon Palace (1989) porte à son extrême la fascination de Paul Auster pour les chambres-tombeaux, les espaces dérobés, pivots secrets du monde : à sa mort, son oncle laisse au jeune M. S. Fogg une caisse de livres. Leur lecture en huis clos va organiser la trame narrative de Moon Palace, et constituer la matière à la fois d'une odyssée intérieure et d'un déchiffrement des archives mythiques de l'Amérique. Paul Auster a également publié La Musique du hasard (1990), Leviathan (1992), où l'exploration critique du rêve américain se double d'un jeu fictionnel avec un personnage inspiré de l'artiste Sophie Calle, Le Cahier rouge (1993) et Seul dans le noir (2008). Au cinéma, Paul Auster a collaboré à la réalisation de Smoke et Blue in the Face (1994), tous deux dirigés par Wayne Wang, avant de mettre en scène en 1998 Lulu on the Bridge, d'après son propre roman.
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