De profondes et rapides mutations ont affecté dans la seconde moitié du xxe siècle de nombreux secteurs de la vie des nations – dans le domaine de la technologie, de l'économie, de la division mondiale du travail, mais aussi dans celui des relations internationales, qu'il s'agisse de commerce ou de stratégie. Elles ont abouti à l'émergence d'une masse impressionnante de lieux et d'outils de production ou de transport en tant que candidats à une reconnaissance de leur valeur patrimoniale après leur entrée dans l'obsolescence. Les installations des grands ports maritimes en bord de mer, sur les estuaires ou parfois loin à l'intérieur des terres jouent leur partie dans cette inflation et cette diversification des catégories du patrimoine de l'humanité.
1. Un véritable patrimoine industriel
Le port de commerce maritime et fluvial est un extraordinaire instrument de manipulation de biens matériels de toute nature (de transit de passagers aussi, bien sûr) qui est né à l'extrême fin du xviiie siècle et qui a proliféré au cours du xixe et encore au début du xxe siècle : mais cette manipulation massive a subi l'impulsion de la révolution industrielle, qui venait amplifier considérablement l'essor du commerce inter-océanique et intercontinental né des grandes découvertes et de la construction des empires coloniaux. Par sa dépendance étroite à l'égard des besoins industriels de l'Europe moderne, notamment, par le caractère industriel des technologies liées au fonctionnement portuaire, par l'agglutination fréquente des industries de transformation à proximité immédiate des ports, par toutes sortes de ressemblances qui rapprochent le paysage portuaire du paysage industriel, le patrimoine portuaire qui s'est ainsi constitué est pleinement un patrimoine industriel.
Pourtant les classifications se heurtent autour d'une telle définition. Les architectes – ceux des monuments comme ceux des paysages, les urbanistes et planificateurs, sont en effet ardents à s'emparer du sujet... et surtout […]
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