Pendant longtemps, il a été de rigueur en Italie d'occulter le mieux possible, à l'égard de l'étranger, l'image industrielle des villes au bénéfice de leur image exclusivement culturelle, sauf à exalter la haute qualification de tout un artisanat d'art et de luxe travaillant les matériaux les plus divers. Il est vrai, du reste, que de cet héritage artisanal bimillénaire le patrimoine artistique de l'Italie tire d'immenses bénéfices pour sa restauration ou pour son entretien. Une telle occultation est devenue inconcevable, au fur et à mesure que par son dynamisme industriel, l'Italie affirmait sa place au sein des pays développés et alors qu'en ce pays art et industrie entretiennent des liens privilégiés qui contribuent notablement au succès de cette économie. Tandis qu'à tous les niveaux les pouvoirs publics semblent décidés à s'engager dans l'immense effort de réparation et de mise en valeur qu'appelle un patrimoine artistique trop longtemps négligé, et finalement gravement en péril, simultanément s'affirme la fierté des municipalités, des régions, des entreprises à l'égard du patrimoine technique et industriel d'une péninsule inégalement gagnée par la modernisation, et, somme toute, récemment industrialisée.
1. Technique et industrie dans la tradition italienne
En fait, les témoignages d'une culture technique et industrielle sont partout présents sous la parure ruisselante de palais et d'églises que nos yeux de touristes ont pris la mauvaise habitude de « cadrer » trop exclusivement. L'Italie a assuré depuis l'Antiquité le transit d'innombrables techniques de l'Orient méditerranéen vers l'Europe occidentale et centrale, et l'humanisme italien a, de façon précoce en Europe, admirablement intégré à son bagage la science du mathématicien, de l'architecte ou de l'ingénieur, Léonard de Vinci étant l'exemple de cette tentative de synthèse de l'art et de la science.
L'art italien de la Renaissance n'a-t-il pas atteint des sommets dans les soixante-douze panneaux de marbre dus au scul […]
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