3. Le patrimoine immatériel
Parmi les développements récents dont la notion de patrimoine a profité, il faut signaler ce qui a trait à l'immatériel. Cette notion s'est imposée dans le langage culturel par une voie inattendue : non pas par le constat qu'une partie considérable du patrimoine relève de l'immatériel mais en raison de l'emploi des nouveaux médias – en particulier le numérique et Internet – ainsi que des questions liées à la duplication et, de façon afférente, au droit d'auteur. D'un autre côté, la convention la plus récente du Conseil de l'Europe qui soit intervenue dans le domaine du patrimoine, la convention-cadre sur la valeur du patrimoine culturel pour la société, en date du 27 octobre 2005, dite convention de Faro, précise en son article 2 : « Le patrimoine culturel constitue un ensemble de ressources héritées du passé que des personnes considèrent, par-delà le régime de propriété des biens, comme un reflet et une expression de leurs valeurs, croyances, savoirs et traditions en continuelle évolution. » Ce texte, bien que de nombreux États membres ne l'aient pas encore ratifié, probablement en raison de l'idéologie étatiste qui, à tort ou à raison peut sembler l'inspirer, marque de façon claire que les « ressources » qui expriment le patrimoine tiennent autant de l'immatériel que du matériel.
Du coup, on comprend combien la définition du patrimoine a été, sinon obscurcie, du moins entravée par l'utilisation des trois principes juridiques – immeubles, meubles et immeubles par destination – sur lesquels on a fondé la législation patrimoniale dans plusieurs pays d'Europe. Cette conception matérielle révèle clairement aujourd'hui ses limites, en particulier, son impuissance à prendre en compte la notion d'usage à laquelle s'attachent la vitalité de l'artefact patrimonialisé, mais aussi les forces qui conduisent à ses transformations au fil du temps. Elle conduit aussi à négliger les liens invisibles qui se tissent entre les choses, par exemple, l'attache à […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 13 pages…



