4. Pataphysique consciente et pataphysique inconsciente
Il n'y a pas d'art ou de littérature pataphysique. Personne au monde, pas même un patacesseur suréminent comme Léonard de Vinci, ou deux des plus grands pataphysiciens du xxe siècle, Raymond Queneau et Boris Vian, ne peut se prétendre totalement, et à tous moments, et dans tous ses actes, pataphysicien conscient, étant admis que chacun de nous, et eux-mêmes, baignons, à longueur de temps ou le plus souvent, dans la pataphysique inconsciente. C'est pourquoi il est fréquent – et prudent – de retenir la concrétion plutôt que son géniteur ou un instant heureux d'explosion pataphysique dans la monotone procession des idées et des vanités humaines, par exemple lord Patchogue en qui s'était incarné (ou désincarné) Jacques Rigaut ; Tancrède, excellent avatar de Léon-Paul Fargue ; Monsieur Plume avec qui nous fait communiquer Henri Michaux ; ou encore Dada. L'univers considéré dans sa réalité pataphysique se réduit bien de la sorte à des cas uniquement particuliers. Pour le pataphysicien qui ne reconnaît aucune hiérarchie des valeurs, tout est valeur. « Nul n'est plus positif que le pataphysicien ; déterminé à tout placer sur le même plan, il est prêt à tout accueillir et cueillir avec même avenance » (Docteur I. L. Sandomir, Opus pataphysicum, Collège de 'pataphysique, 1959). Ni sceptique ni nihiliste, il ne nie pas l'échelle des valeurs, il la voit, elle existe : il s'en empare et l'installe dans l'imaginaire. La 'pataphysique ne paralyse ni ne stérilise. Bien au contraire.
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