3. L'équivalence universelle et la conversion des contraires
La théorie des équivalences ou, pour être précis, de l'équivalence universelle et de la conversion des contraires, a donné lieu à maint malentendu. Postuler que le vrai et le faux sont identiques, en quelque sorte stables, équilibrés, serait déplorablement improductif et, pire, ennuyeux. Ce que le pataphysicien soutient, c'est que le signe + et le signe − s'annulent et se fécondent. Le concept s'éclaire d'un coup si l'on recourt à la Lettre sur les mythes de Paul Valéry qui savait comprendre Jarry et s'est comporté dans nombre de ses œuvres en pataphysicien conscient. Valéry dit : « C'est une sorte de loi absolue que partout, en tous lieux, à toute période de la civilisation, dans toute croyance, au moyen de quelque discipline que ce soit, et sous tous les rapports, le faux supporte le vrai ; le vrai se donne le faux pour ancêtre, pour cause, pour auteur, pour origine et pour fin, sans exception ni remède, et le vrai engendre ce faux dont il exige d'être soi-même engendré. » Ce texte de Valéry constitue en son entier une des plus pertinentes expressions théoriques de la 'pataphysique : « Que serions-nous donc sans le secours de ce qui n'existe pas ? [...] Les mythes sont les âmes de nos actions et de nos amours. Nous ne pouvons agir qu'en nous mouvant vers un fantôme. Nous ne pouvons aimer que ce que nous créons. » On conçoit mieux maintenant que d'Épicure à Jarry les pataphysiciens (qu'on préfère appeler patacesseurs), sans être légion, ont été de quelque poids puisqu'on peut nommer, en abrégeant, Lucrèce, Lucien de Samosate, Zénon d'Élée, Béroalde de Verville, Rabelais, Cyrano de Bergerac, Cervantès, Swift, Lichtenberg, Marcel Schwob, Lewis Carroll ; ou, contemporains de Jarry, Jules Verne et Erik Satie ; ou venant après lui Arthur Cravan, les Pieds Nickelés, Raymond Roussel, Marcel Duchamp, Julien Torma, Louis-Ferdinand Céline, les Marx Brothers, Borges.
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