4. Musique, langue, silence
Protagoniste de Tous les matins du monde, Marin Marais était déjà apparu dans La Leçon de musique (1987), essai mais aussi rassemblement de plusieurs contes autour du thème de la voix humaine et de sa mue. Comme souvent chez Quignard, les formes s'imbriquent à l'intérieur d'un même livre, les thèmes et les personnages circulent dans le grand ensemble de l'œuvre autour d'une interrogation sur le langage et le silence.
« Le silence ne précède pas la musique ni la langue. Il est leur ombre portée. » Mais habiter dans le silence est une position insoutenable : Pascal Quignard le montre à propos des récits de Louis-René des Forêts (Le Vœu de silence, 1985). L'acquisition de la langue par l'enfant représente une douloureuse expérience. L'utilisation du langage conduit à une séparation à l'intérieur de soi, mais le manque du mot peut conduire à la mort, comme dans le conte médiéval du Nom sur le bout de la langue (1993). Pascal Quignard considère le langage comme son « adversaire personnel », contre lequel il mène combat en s'écartant résolument de la parole orale, en se plaçant du côté de la musique, qui « est là pour parler de ce dont la parole ne peut parler », et de l'écriture.
Le langage est source d'effroi. Tout autant que la scène primitive de la conception qui inlassablement se dérobe, pour ne revenir que dans les rêves (et la littérature), enfouie qu'elle est dans le domaine du perdu. Dans Le Sexe et l'effroi (1994) puis dans La Nuit sexuelle (2007), Pascal Quignard développe une longue méditation sur les origines de la vie et du sens, illustrée de reproductions des fresques érotiques qui ornaient les villas de Pompéi. Il s'appuie pour cela sur « un mot romain difficile : la fascination. Le mot grec de phallus se dit en latin le fascinus [...] Le fascinus arrête le regard au point qu'il ne peut s'en détacher. Les chants qu'il inspire sont à l'origine de l'invention romaine du roman : la satura. La fascination est la perception de l'angle mort du langage ». Un érotisme proche de celui de Bataille, ou de Klossowski, aveu du lien qu'entretiennent beauté et terreur, imprègne l'œuvre de Pascal Quignard.
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