3. Des romans palimpsestes
Les personnages de son roman Carus (1979, prix des critiques) ressemblent aux premiers lecteurs de Pascal Quignard : autour de A., musicien en proie à la mélancolie, un grammairien, un bibliophile, un rhéteur, une psychanalyste se retrouvent, font de la musique, échangent des propos sur l'amitié et le langage. Situé également au cœur du xxe siècle, le Salon du Wurtemberg (1986) ouvre à un plaisir de lecture nouveau. Son écriture fait appel à une certaine forme de séduction, au sens étymologique du mot : « seducere, c'est conduire à l'écart. D'un monde à l'autre. Du porte-parole à l'Autre ». Ce roman, où l'amitié et la musique jouent là aussi un grand rôle, marque un retour de l'auteur sur les traces de sa famille et de la jeune femme qui l'a élevé. Mais, déjà, il met en doute les « étranges rêves que [sont] nos souvenirs. [...] Ce que nous avons vécu n'est pas mémorable ». En 1989, Les Escaliers de Chambord explorent à nouveau les franges du souvenir : Édouard Furfooz, collectionneur de jouets, est obsédé par les images qui lui sont apparues après la découverte d'une barrette d'enfant en plastique bleu, signe « qu'il y a eu un autre monde qui a précédé cette lumière où nous baignons. » Un peu en porte à faux, L'Occupation américaine (1994) décrit une histoire d'amour tragique située dans un autre passé proche, celui de l'après-guerre, imprégné, dans les provinces accueillant les camps américains, d'une atmosphère marquée par le jazz et les modes de vie venus d'outre-Atlantique. Comme Tous les matins du monde, le roman fut porté à l'écran par Alain Corneau sous le titre Le Nouveau Monde (1995).
Pour atteindre cet « autre monde, à deux doigts de nous-mêmes », Pascal Quignard déploie également à partir des Tablettes de buis d'Apronenia Avitia (1984) des romans en forme de palimpsestes : ce sont autant de réécritures de vies effacées, transformées, inventées, où vérité historique et imaginaire se confondent. Les personnages sont d'abord empruntés à l'Antiquité romaine : le h […]
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