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PARNASSE, mouvement littéraire

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3.  Destin du Parnasse

Aux Poèmes antiques de 1852, aux Poèmes barbares (1862, 1872), Leconte de Lisle avait ajouté les Poèmes tragiques en 1884 ; sa vie s'était adoucie, l'Académie se résigna à le recevoir en place de Hugo, la reine de Roumanie lui envoyait ses ordres, il mourut en 1894 chez une de ses admiratrices. Le Parnasse avait enfin réussi à s'imposer.

Il avait beau ignorer la politique, il apportait, même involontairement, un double message. Par l'étude des religions comparées, de l'histoire ancienne, des sciences de la nature, le Parnasse ouvrait les voies à une vision à la fois positive et poétique de la vie : positive parce qu'il ne recourt pas à une transcendance, poétique parce qu'il magnifie les héros et les conquêtes de l'esprit. Il y avait donc une sorte de convergence entre l'idéal parnassien et la morale laïque enseignée par la République. D'autre part, le Parnasse avait rétabli dans l'art des vers le respect du travail laborieux et de la règle, c'est-à-dire de la Loi. Or la Loi était socialement le fondement de la République, c'est là une autre convergence de l'art du régime.

Du temps même de sa puissance, une descendance était née au Parnasse, et qui devait le dévorer. Le symbolisme est à la fois une réaction contre le Parnasse et son achèvement. Une réaction, par la prédominance de la confidence ou du murmure sur le discours. Son achèvement, parce que le Parnasse avait, le premier, proclamé la rupture de la poésie avec l'action. Quand Rimbaud adolescent veut se faire voyant (lettre du 15 mai 1871), il qualifie Leconte de « très voyant », range parmi « les talents » Dierx, Coppée, Sully Prudhomme.

Entre 1882 et 1895, le Parnasse entre à l'Académie ; il attire à lui de nombreux universitaires : Des Essarts, Manuel, Plessis, Ernest Dupuy ; l'enseignement public l'offre à la jeunesse. En 1891, dans un recueil de « morceaux choisis », l'inspecteur Merlet donne trente textes de Sully Prudhomme et vingt-six de Coppée. En 1908, l'inspecteur général Cahen, dans un autre recueil de textes, réserve quinze pages à Sully Prudhomme, neuf à Leconte de Lisle, huit à Coppée, sept à Manuel. C'est seulement après 1920 que le Parnasse reculera dans l'instruction de la jeunesse, quand le xixe siècle aura vraiment pris fin, et que, dans les ruines de la guerre, les lois de la prosodie seront ensevelies comme bien d'autres.

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