3. Les interprétations
Il est une manière purement logique de lire Parménide. Elle consiste à laisser la place du sujet vide, prête à recevoir n'importe quel sujet positif, tel un X auquel substituer les variables appropriées. Loisible ensuite d'enchaîner les attributs dans la structure close d'un anneau, tous vrais à la fois, et prenant sens les uns avec les autres, en créant le champ sémantique de l'Être. À la limite, le sens de l'être demeure vide, ouvert par le jeu fini des propositions affirmatives.
Il est une manière physique de lire Parménide. Elle identifie le sujet non nommé à la Sphère (décrite en apposition à la fin du morceau), et la Sphère au corps du monde : unique, semblable à une bille solide homogène. Ce monde, tel que la pensée réussit à le formuler, se substitue au bariolage mouvant de l'apparence sensible, dorénavant dénoncée comme illusoire.
Il est une manière métaphysique de le lire, inaugurée après Platon, et usuelle chez les néoplatoniciens. Elle superpose au monde sensible en devenir, et à son bariolage, un autre monde, connu par la pensée armée du discours. Rien que la pensée armée du discours suffit à dissiper l'illusion sensible, la mouvance où l'homme se croit vivre et mourir, et à installer l'initié solidement dans l'être, avec la ferme assurance que l'Être est.
Une manière plus méditative refuse l'une et l'autre interprétation. Pour elle, le sujet du verbe être reste n'importe quoi de positif, c'est-à-dire de présent vécu. À partir de n'importe quel présent vécu, au sein de la mouvance, la pensée, armée du discours, s'installe dans l'affirmation que c'est. La Sphère n'est plus pensée comme simple structure logique, ni comme corps du monde, ni comme autre monde. Il faudrait dire, avec, notamment, Marc Aurèle, qu'elle symbolise la sécurité enclose en une affirmation tranquille de l'être.
Toutes les interprétations ont en commun de défectueux d'être des interprétations pour nous, formulées pour résoudre les embarras d'une pensée moderne face à l'énigme d'un texte archaïque. Ce texte date d'un âge où la pensée géométrique et la pensée physique n'ont pas pris leur statut autonome, et où toutes les figures se font symboles avec une espèce d'innocence. Nous préférons conjoindre la logique au symbole, et lire la Sphère comme figure de la sérénité. Mais ce texte devrait surtout être l'occasion pour le moderne d'entrer dans un autre univers de pensée.
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